Accès à la contraception orale en pharmacie sans prescription : l’expérience du Sud de Londres

Nous reproduisons, avec l’aimable autorisation de l’APM, la dépêche du Accès à la contraception orale en pharmacie sans prescription: l’expérience du Sud de Londres en exemple »

(Par Carole DEBRAY, à la journée nationale de l’AFC)

 

PARIS, 19 mars 2014 (APM) – L’expérience positive de la délivrance en pharmacie de la contraception orale sans prescription mise en oeuvre dans le Sud de Londres a été citée en exemple lors de la journée nationale de l’Association française pour la contraception (AFC), qui s’est tenue vendredi à Paris.

L’AFC a toujours le projet d’alléger la délivrance de la contraception, en particulier des pilules progestatives, a souligné vendredi le Dr Elisabeth Aubény, présidente de l’association.

Les éléments en faveur de la délivrance sans ordonnance sont nombreux

Les éléments en faveur de la délivrance sans ordonnance sont nombreux, les partisans de ce système estimant que les femmes connaissent très bien les contre-indications, qu’un examen clinique n’est pas nécessaire, comme le souligne l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’une information ciblée permet de guider le choix, et que cela pourrait générer des économies.

Afin d’appuyer son projet, l’AFC a invité le Dr Ali Kubba du Guy’s and St Thomas’ Hospital Trust à Londres à faire partager l’expérience mise en place dans le Sud de Londres en lien avec cet hôpital, de délivrance en pharmacie de la contraception orale sans prescription.

« La contraception est gratuite en Angleterre et il y a sept centres médicaux dans South London où les femmes peuvent venir sans rendez-vous, gratuitement, pour parler de questions de sexualité, de problèmes gynécologiques, etc. Notre expérience montre qu’il y a un sous-groupe de femmes qui ne va pas dans ces centres. Elles veulent un service rapide et efficace [pour obtenir la contraception] et sont attirées par le service dans la pharmacie. Il faut donner le choix aux patientes », a indiqué le Dr Kubba.

Une formation standardisée des pharmaciens

Le projet a été initié en octobre 2009, avec une formation standardisée des pharmaciens rattachés à des centres médicaux, où ils sont venus se former, au cours de quatre sessions pour un total de 16 heures. Le service est basé sur un protocole défini. Les pharmaciens participants fournissaient déjà la contraception d’urgence, ainsi que les kits de dépistage de Chlamydia et de traitement, et les préservatifs gratuits. Un groupe de pharmacies référentes en contraception a ainsi été créé.

L’expérience rapportée par le Dr Kubba concerne 741 consultations de contraception réalisées dans quatre pharmacies, entre octobre 2009 et juin 2011. Parmi les patientes vues lors de ces consultations, 69% commençaient une nouvelle contraception orale, dont 25% n’avaient jamais utilisé auparavant de contraceptif oral.

Parmi ces dernières, « on a demandé à certaines ce qu’elles auraient fait si, souhaitant se procurer la pilule, celle-ci n’était pas délivrée sans ordonnance en pharmacie. Dix pour cent ont répondu alors qu’elles n’iraient pas au centre médical [pour obtenir une ordonnance] », a relaté le Dr Kubba. « Cela répond donc à une demande », a-t-il insisté.

Parmi les patientes vues, 24,4% venaient pour un renouvellement de pilule. Les autres patientes ont été orientées vers d’autres services dans 4,9% des cas, demandaient une contraception de longue durée dans 1,2% des cas, et ont été dirigées automatiquement vers un référent car âgées de moins de 16 ans dans 0,4% des cas.

La majorité des personnes qui ont utilisé le service (…) se rendent peu ou pas à l’hôpital

Ces consultations concernaient dans 95% des cas des femmes de moins de 30 ans, dans 70% des cas de moins de 24 ans et dans 25% des cas de moins de 19 ans. « La majorité des personnes qui ont utilisé le service de la pharmacie sont très jeunes. C’est la population qui ne va pas à l’hôpital », a souligné le Dr Kubba.

De même, la majorité des utilisatrices de ce service faisaient partie de groupes ethniques qui ne se rendent pas ou peu à l’hôpital, a-t-il noté.

Dans 37% des cas, les patientes se sont vu proposer la consultation en pharmacie par le pharmacien lui-même, lors d’une consultation de contraception d’urgence. Dans 32% des cas, c’est la patiente elle-même qui a demandé la consultation, et dans 10% des cas c’est un médecin référent qui n’avait pas de place pour un rendez-vous. Deux pour cent des patientes ont été adressées par un autre pharmacien.

Une chute des consultations de contraception d’urgence

Les résultats sur la charge de travail des pharmaciens participant à cette expérience montrent une baisse importante des consultations pour contraception d’urgence, passant de 202 par mois à 123 par mois entre octobre 2009 et mars 2011.

Le Dr Kubba a précisé que ce projet était accompagné d’un système de soutien au pharmacien et de réseau, avec des référents médicaux joignables en permanence pour prendre le relais dans les cas compliqués.

Le Dr Sophie Gaudu de l’association Revho (Réseau entre la ville et l’hôpital pour l’orthogénie), modératrice de la session, a commenté qu' »au moment où on est en train de se dire que l’on doit travailler ensemble, c’est un saut qualitatif fondamental, phénoménal ».

« On est à un grand moment d’évolution de notre pensée »

« Il y a au moins une contraception qui devrait déjà être en vente strictement libre et sans ordonnance, c’est la pilule microprogestative », a-t-elle réitéré. « La contraception d’urgence est en vente libre depuis près de 10 ans. On est à un grand moment d’évolution de notre pensée. On doit se bousculer. Au moment des débats sur les pilules de troisième-quatrième générations [en France], l’ACOG [American College of Obstetricians and Gynecologists] aux Etats-Unis se prononçait pour la vente libre des estroprogestatifs », a-t-elle souligné.

Le Dr Marie-Laure Brival, chef de service de la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), présente dans l’auditoire, a cependant tenu à souligner que « la demande contraceptive ne se limite pas à une technique, un produit, un dispositif. Les mots, l’échange sont importants. Il ne s’agit pas de valoriser le rôle du médecin, d’anticiper le risque thrombo-embolique, mais la relation est importante ».

« On reproche l’évolution de la société vers la déshumanisation. Il faut faire attention: à qui parler? Et au moment même où des recommandations énormes sont sorties sur comment mener la consultation de contraception, on sauterait carrément le pas pour aller vers l’achat direct de contraceptifs? », a-t-elle poursuivi.

« Encore une fois, on est face à des injonctions paradoxales entre les recommandations de la HAS [Haute autorité de santé] et ce vers quoi nous souhaiterions peut-être aller. Et qu’est-ce que cela sous-tend? N’est-on pas dans des questionnements autour de problématiques économiques ou de désengagement d’une certaine partie de la profession? Je mets quelques clignotants », a-t-elle tempéré.

cd/ab/APM polsan
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CDRCJ001 19/03/2014 13:44 GYNECO-REPRO-UROLOGIE PHARMA